ateliers CLAME!

Les ateliers CLAME! proposent une rencontre chaque mercredi en fin de journée au centre culturel de Vence pour pratiquer toutes les étapes de la production musicale. Gère toi-même tout le matériel nécessaire ou apprends sur place : logiciels, loopstation, banques sons, clavier, micros, autotune, pour t’entrainer et progresser, jusqu’à réaliser un clip de ta chanson/texte/rap en collaboration avec les danseurs hip-hop du centre.

écriture composition mixage montage mastering

un atelier animé par neimen etc : 06 95 46 36 07
le mercredi de 18h30 à 20h
collège/lycée – ados/jeunes adultes
début des ateliers : mercredi 16 septembre 2020

Comment te préparer ?

En lisant ces quelques lignes et en regardant les vidéos qui les illustrent (pas nécessairement en une seule fois !) pour te plonger dans l’univers insondable des textes clamés .. et te faire une idée de la richesse artistique du genre.

De nombreux artistes nous ont précédé sur cette scène.
Et comme la scène est à tout le monde : bienvenue !

{ clamer } verbe : manifester avec force, crier haut et fort

Clamer, ça veut dire quoi ? C’est dire un texte haut et fort, devant une audience ou un micro. Voire devant son miroir ou face à la mer. Et à ce jeu là, il y en a eu des gonzes avant nous pour damer la piste. Oh oui ! il y en a eu des oreilles curieuses, depuis les cieux préhistoriques, au coin du feu, pour suivre les épiques épopées mises en vers ou en prose par des chasseurs ou des guerriers, des bergers et des sorcières, des griots d’Afrique, sur fond de percussions, de cordes pincées ou de flutes à trois trous.

Aujourd’hui, qu’on appelle ça : Rap, Slam, R’n’B, Toast ou Talkover, le style clamé dans la musique moderne découle d’un genre nommé spoken word (mot parlé) par les artistes de la Beat Generation : la génération des poètes perdus d’après-guerre, qu’étaient Kerouac, Ginsberg et Burroughs, initiateurs du mouvement dans le New York des années 50, qui tremperont leur littérature dans le jazz bop, la musique libre, puis le rock psychédélique.

Blues and Haikus, 1959, Jack Kerouac lit ses poèmes sur les improvisations de Al Cohn et Zoot Sims

Clamer son texte avec un peu de musique en toile de fond, ça captive encore mieux le public. Autant choisir un beat qui groove pour des mots que l’on ne chante pas : la funk, par exemple.

Alors que le Grand Master Flash réglait ses platines et faisait tourner éternellement le même break instrumental sur deux disques identiques, les MCs égaillèrent leur style, haranguant la foule et chauffant les danseurs.

The Grand Master Flash
Pour connaître un bout de son histoire, suis donc cette excellente (mais trop courte) série : The Get Down

Né du spoken word, le rap émergeait. Il se popularisera jusqu’à la décennie suivante, contaminant le monde entier, dans des fusions illimitées :

Lorsque le rap rencontre la musique traditionnelle mongole – extraits de Mongolian BlingUn xx

Comme ces Mongols, il vaut mieux connaitre son passé pour préparer l’avenir et comprendre derrière qui l’on chemine pour décider où l’on ira quand les leaders nous auront laissé leur place.

Par exemple .. sais-tu qui est celui que les plus grands rappeurs appellent le parrain du rap ? The godfather of rap ?

Il s’agit de Gil Scott-Heron. Le premier titre de son premier disque, un enregistrement live de 1971, aura l’effet d’une bombe ! Sa version ré-instrumentalisée deviendra un morceau mythique du spoken word : The Revolution Will Not Be Televised

L’album Small Talk at 125th and Lenox (1970) fut classé dans la catégorie ‘jazz‘, à défaut de mieux
Rap / Hip-hop

Quand les DJs, tels DJ Kool Herc, ont proposé une musique disco/funk plus rythmée, les Maîtres de Cérémonie ont également rythmé leur phrasé. Aux US, il se dit que RAP signifie Rythm And Poetry, comme RnB signifie Rythm And Blues. Le rap est TRÈS poétique, il ne faut pas se méprendre ni avoir peur du mot ! Dans le rap, on exprime avant tout ses sentiments, son histoire, ses déboires ou ceux des autres ; souvent en vers, après avoir longuement soigné son style et son vocabulaire.

Ce phénomène artistique, émergeant des ghettos, rassemble alors DJs, MCs, B-boys et B-girls, beatboxers, graffeurs, et toute la mode vestimentaire qui en découlera.
Les années passant, le phénomène sera relégué au rang de culture : le hip-hop.

Le hip-hop, c’est une pirouette de l’esprit, une révolution sociale, un moyen de survivre dans la misère galopante des « mauvais quartiers ». Il serait le dérivé d’un terme wolof « hipi » signifiant « ouvrir ses yeux » ; et de « hop », bond, en anglais.

Le tout premier rap identifié vient d’Italie, en 1972. Prisencolinensinainciusol, par Adriano Celentano, ne veut absolument rien dire. Le titre est chanté en ‘yaourt’ mais inviterait à « l’amour universel » ..

Le rap nait de la rencontre entre les DJ de la funk et des MC (maitres de cérémonie) qui clamaient comme des prêcheurs des églises réformées les histoires du quotidien, pour engager les foules à prendre part à la soirée.

Le premier morceau rap à faire date est un coup commercial. Trois amateurs se font signer en 1979 par la maison de disque Sugar Hill Records qui flaire le potentiel du rap fraichement émergeant. On joue en live replay le titre Good Times, de Chic ; et les trois compères narrent, avec un flow incontestable, quelques épisodes de leur vie quotidienne .. on est loin de la révolution de GS Heron, mais le groupe fait une performance sur un maxi 45 tours : 14 minutes de funk rappée ! C’est bien au-delà des standards radiophoniques de l’époque ! qui s’écoulera à plus de 10 millions d’exemplaires. C’est ça, l’industrie du disque.

pense à activer les sous-titres

Les années 80 ouvre la voie du rap et de la culture hip-hop à travers le monde. Un mouvement culturel, social, engagé, qui prone la paix à travers l’art, un art pop, populaire, un art des rues pour ceux de la rue. Parce que la culture est pour tout le monde, chacun a sa culture. Les street artists lui ont trouvé et donnée un nom, un sursaut (hop) intellectuelle (hip) face à la violence urbaine et les crimes racistes.

L’électronique se développe dans les années 80 et va donner l’opportunité à plein de jeunes gens qui ne savent pas jouer d’un instrument de fabriquer de la musique en découpant des morceaux existants, et appliquer de façon électronique la technique du Grand Master Flash : c’est le sampling, qui va changer la donne pour un grand nombre de petits producteurs de son, dans les chambres, dans les caves ou les petits studios des MJC (Maisons des Jeunes et de la Culture).

Il y a une grosse polémique autour du sampling, dans laquelle il devient difficile d’identifier le questionnement de fond : l’échantillonage, est-ce voler la musique d’autrui ? et, le sampling est-il un art musical ? Il faut dissocier ces deux questions pour comprendre la vague, le tsunami du sampling depuis 30 ans. La première raison de l’utilisation du sample est .. sa simplicité .. et bien sûr son faible cout : un son prêt en peu de temps ! Car il ne faut pas oublier : ça coute des ronds de produire un disque.
Il n’est pas au public de juger, mais seulement d’exprimer son gout. Tu aimes les musiques samplées : tu achètes. Tu n’aimes pas : tu passes à autre chose et tu renouvelles ton abonnement à l’opéra.

Le plus grand bouleversement dans le monde de la musique est venu de l’apparition de l’électricité. L’excellentissime série de documentaires, en six volets, SoundBreaking, diffusée sur Arte, retrace cette longue progression, depuis l’apparition du disque, jusqu’au sampling, dans l’épisode (en version courte) que voici :

Le sample de batterie le plus connu, c’est le Amen break. Il est inmanquable. Tu l’as déjà entendu mille fois. L’avais-tu identifié ?

De là, les artistes seront pléthore, développant leur style et leurs techniques pour faire preuve de plus en plus de virtuosité et d’éloquence, faisant de l’oralité un art d’excellence.

blackalicious hyper rapide

En 1984, TF1 va diffuser une émission hebdomadaire dédiée au hip-hop, sa musique, ses artistes, ses danseurs, présenté par Sidney, appelé H.I.P.H.O.P.

L’émission va instruire toute une génération en France, dans les banlieues des grandes villes, et les quartiers nords de Paris.

histoire du rap francais
Autre série proposée par Arte (décidémment)

Le marqueur de l’encrage est la parution de la compilation Rappattitude. Le frère de Vincent Cassel, Rocking Squat tient la première piste, suivi de .. ..

Le verlan, symbole de la culture hip-hop ?

Il faut savoir que le vers-l’en (l’envers) se parlait déjà dans les quartiers chauds de la capitale lors de la prise de la Bastille .. Voltaire a inventé son nom au XVIIIe siècle en inversant les syllabes de sa ville d’origine, d’Airvault (où se déroule d’ailleurs chaque année un superbe festival de didgeridoo : Le rêve de l’aborigène). Depuis, l’objectif n’a pas changé : tromper l’ennemi, parler de façon incompréhensible par les non-initiés.

Voilà ce que cela donne quand Jacques Dutronc (connu pour Les cactus, Et moi, et moi, et moi) s’y essaye en 1971 :

Clamer ne se fait pas qu’en musique

En 1987, toujours aux USA, Marc Smith a l’idée de dépoussiérer l’image vieillotte et barbante de la poésie, en organisant dans compétitions aux règles simples dans des lieux publics (parcs, bars, restaurants, café-théâtres) : pas de musique, pas d’accessoire, et trois minutes pour dire un texte de sa composition devant un public qui vote la performance. Apparait le slam.

Contrairement à l’abus de langage généralisé en France, le slam est une compétition et non un style. Le style clamé/slamé sur de la musique, c’est donc ..?
Du spoken word, des mots parlés ! On vient de le dire !

L’excellent documentaire de Paul Devlin, Slam Nation, retrace une saison de compétition à travers le pays, en 1996, et fait apparaitre un artiste qui marquera par son style la façon de clamer lors des slams : Saul Williams.

Saul Williams gagnera ça célébrité en rapportant le tournoi national et prendra le rôle du film ainsi nommé SLAM, de Marc Levin, en 1998, dont voici un extrait :

Back to France

Maintenant que nous avons fait le tour des origines américaines du style clamé, jetons une oreille sur nos prédécesseurs français, de façon chronologique. Retour en arrière de 50 ans .. Voici donc une short-list d’artistes de la chanson pas chantée, en français, pour en sonder (non pas les limites car il n’existe pas de limite à la création musicale) mais les origines, les inspirations comme les aspirations, sur des compositions originales.


Colette Magny. Voici un phénomène rarissime qui risque de te surprendre ! Celui d’une femme qui chantait le blues avec sa guitare dans les années 60 à la télé française et se définissait elle-même ainsi : « Je suis un petit pachyderme de sexe féminin. J’en ai gros sur le coeur. Ras la trompe !« . Écoute ici son rythme vocal, son timbre de voix et ses revendications, dans ce live/interview de 1972.

À l’adresse des poètes, Léo Ferré adresse ce message, en 1970.

Un peu plus tardivement, une typique adaptation du modèle étasunien, L’oiseau par Pierre Vassiliu : un groupe joue la funk pendant que le poète délivre sa prose. 1978.

Lantoine, Loïc, un enragé, un punk du stylo, qui a parcouru les petits lieux à travers la francophonie, accompagné d’un contrebassiste très rythmique. Aujourd’hui, il a éttofé son équipe, se met en musique, mais c’est avant tout un conteur, qui fait de la chanson pas chantée comme il la définit dans son premier album Badaboum. Écoute-le entier, c’est une de mes petites madeleines (de Proust). Même Triky a confié être fan de Lantoine lors d’une interview ..

Pourrait-on ne peut parler de Grand corps malade ? Un performer qui a mis ses textes en musique, faisant du spoken word estampillé slam (ça faisait mieux sur le packaging, il faut croire).

Plus proche de nous, FAUVE. FAUVE, c’est un nom de groupe emprunté au titre du film Les nuits fauves, de Cyril Collard (1992), qui navigue entre pop sur disque et rock sur scène.

Maintenant, bien baigné dans la culture de la chanson pas chantée, comment s’équiper pour participer à un atelier CLAME ?

Est-il nécessaire de te rappeler les consignes imposées par les autorités ? Il te faudra donc un masque pour ton nez, je fournirai la chaise pour ton séant. Prévois ton stylo et ton papier. Tes notes de la veille. Révise tes textes préférés, ceux que tu connais déjà par coeur. Tu peux amener ton téléphone, tes écouteurs, ton enceinte, un disque dur ou une clé usb avec tes loops .. bref .. tu as le champ libre !

Petite note finale

J’espère que cette balade à travers les âges t’aura ouvert l’appétit et boosté le bulbe pour mener ta propre quête au-delà les barrières du déjà-connu. Pour créer son style, il faut abandonner ses modèles, ou plutôt : les dépasser. Il faut créer, selon ses goûts, selon son talent. Mais attention ! un talent, ça ne s’invente pas ; ça se découvre. On ne devient pas quelqu’un, on révèle qui l’on est, à soi-même et au monde. Alors ..

libère ton style et ton esprit
prends ton losty
et viens clamer !

neimen etc

ateliers CLAME! le mercredi de 18h30 à 20h
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